Gengis Khan par José Frèches

À l’occasion de la sortie du roman Gengis Khan, José Frèches à répondu à quelques questions à propos du livre!

Après avoir raconté la vie du premier empereur chinois dans Le Disque de Jade, vous renouez avec les grandes épopées en suivant les traces du plus grand conquérant de toute l’histoire, Gengis Khan. Pourquoi ce choix ?

Parce que Gengis Khan est un personnage extraordinaire, un immense guerrier avide de conquêtes qui vécut à l’ombre de la Chine (dont l’un des modèles était précisément le premier empereur chinois) et qui rêvait de régner sur le monde. Que cet homme ait pu aller aussi loin, en occupant l’Asie centrale, l’Afghanistan, l’Iran, une grande partie du Pakistan, de l’Irak et de la Syrie, et même un bout de la Crimée, alors que sa tribu – qui était implantée sur un territoire minuscule situé à mi-chemin entre la Chine et la Mongolie, et qui était presque entièrement décimée à la mort de son père – , est une sorte de miracle que j’ai voulu raconter, car Gengis Khan est vraiment « un survivant qui conquiert le monde ».

Comment avez-vous travaillé ? Quels sont les éléments historiques que l’on connaît sur ce grand nomade ?

Il faut éviter de se laisser noyer dans l’abondance des sources historiques, et surtout de leur interprétation au fil des siècles, car Gengis Khan est rapidement devenu un mythe. J’ai élagué mes connaissances sans pour autant les oublier, de façon à faire naître un personnage de chair et de sang. J’ai souhaité par ailleurs dépeindre ses principaux compagnons d’armes, car une telle épopée n’est jamais le produit d’un homme seul, et également les femmes qu’il aima. Même si c’était un être cruel et, à certains égards, implacable, un homme pour lequel tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins, Gengis Khan était également un homme à femmes. Ce fut un grand séducteur. Enfin, Gengis Khan incarne la steppe, ses grands espaces et son climat rude, ce vent qui souffle en permanence et qui chasse les nuages du ciel… et puis les y amène… J’ai donc parcouru la steppe mongole, pour humer l’air que Gengis Khan respira et pour regarder les petits chevaux sur lesquels il passait ses journées et le ciel où il voyait ses aigles, qui sont les vrais rois de la steppe, voler…

Gengis Khan était le fils d’un chef de tribu qui fondait de grands espoirs sur lui. Il a eu également la chance de recevoir une très bonne éducation grâce à son précepteur. Cette enfance que vous décrivez suffit-elle à expliquer le guerrier qu’il est devenu ?

Nous sommes tous tributaires de notre enfance. Celle de Gengis Khan explique ce qu’il fut. Aussi ai-je souhaité raconter à mes lecteurs ce petit garçon très perspicace qu’il était et qui, très tôt, eut l’idée de devenir l’empereur des Mongols pour permettre à son peuple de rester libre. Il avait compris que les tribus nomades devaient s’unir pour résister à la pression des peuples sédentaires… Gengis Khan voyait juste. Les peuples nomades n’ont pratiquement plus droit de cité dans notre monde qui est désormais entièrement sédentarisé…

Gengis Khan a vécu une véritable passion pour sa femme Börte. Que révèle cet amour, selon vous, de la personnalité de Gengis Khan ?

Börte fut l’épouse de Gengis Khan, son « point fixe », même lorsqu’il aimait d’autres femmes. Elle l’accompagna dans son ascension. C’était une femme exceptionnelle d’après toutes les sources historiques qui la citent de façon abondante et précise. C’est pourquoi, elle est l’un des personnages-clés de mon livre. Une sorte d’Hillary Clinton aux côtés de Bill…

Lorsque Gengis Khan lance ses conquêtes, dans les années 1200, l’Europe vit le temps des cathédrales. Pouvez-vous nous en dire plus sur l’état du monde à cette période ?

Gengis Khan est une sorte de trait d’union entre deux mondes qui s’ignoraient, l’Extrême-Orient et l’Occident. À cette époque, l’Europe chrétienne menait ses croisades en Terre sainte, pendant que les Chinois l’inondaient déjà avec leurs soies et leurs porcelaines. L’empereur des Mongols se voulait « empereur océanique », c’est-à-dire celui qui gouvernait « entre les deux océans », en l’espèce la mer de Chine et la Méditerranée. Il faillit réaliser ce rêve complètement fou.

Dans votre livre, vous présentez Alexandre le Grand comme le modèle de Gengis Khan, celui qui l’a poussé à conquérir toujours plus de territoires. Lui-même a-t-il été une source d’inspiration pour d’autres grands personnages de l’histoire ?

Gengis Khan a inspiré de nombreux conquérants et de nombreux stratèges, à commencer par Tamerlan le guerrier turco-mongol du xive siècle et Napoléon, des hommes auxquels les distances ne faisaient pas peur, et qui n’hésitaient pas à sacrifier des centaines de milliers de soldats pour mener à bien leurs épopées.

Selon National Geographic, Gengis Khan est l’un « des 50 plus grands leaders politiques » de l’histoire. Que peut-on dire aujourd’hui de l’héritage et de l’image qu’il a laissés dans le monde ?

Fait symptomatique, en Chine, Gengis Khan est considéré comme un empereur chinois ; d’ailleurs, après lui, ses fils réussiront à fonder la dynastie chinoise des Yuan, celle que visita Marco Polo. Gengis Khan incarne également la figure du nomade héroïque qui lutte pour garder sa condition de nomade malgré la sédentarisation galopante.

Gengis Khan par José Frèches